Le reportage « Génération Beyoncé », diffusé par la chaîne M6 dans son émission « 66 Minutes » le dimanche 31 août 2014 anime plus que jamais les réseaux sociaux. Le sujet traitait de la volonté des jeunes femmes noires et métissées de ressembler à leurs idoles afro-américaines au teint clair et sans traits négroïdes… signes de beauté, pouvoir et fortune.

En somme, tout ce à quoi la jeune génération aspire. Leurs silhouettes parfaites sans capitons fascinent les hommes et font d’elles (et par extension de la femme noire) des sex symbols à part entière.

« Started from the bottom, now i’m here »:  le cas Nicki Minaj

nicki before

Nicki Minaj n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. En effet, de jeune femme noire inconnue sans réelles formes, elle est devenue au fil des ans une rappeuse aux millions d’albums vendus, connue pour son teint clair (presque blanc) et son corps voluptueux (résultant de nombreuses opérations esthétiques). Un corps d’ailleurs qu’elle aime exposer sur scène ou encore sur la pochette de son dernier single Anaconda (à l’origine de nombreuses parodies).

Nickiminaj2

Si on voit dans ces célébrités une vision de la beauté noire qui en décomplexe quelques unes, elles en complexent d’autres.

La naissance du complexe

Ainsi sont nombreuses les jeunes noires qui ne veulent plus faire de tresses, de « rastas » ou encore sortir avec les cheveux naturels de peur d’être dévisagées dans la rue.

Ces coiffures africaines, que nos mères ou nos grandes-mères faisaient (et que nos pères aimaient d’antan) ne sont plus d’actualité car une femme noire serait considérée plus attirante uniquement qu’avec des cheveux lisses. Avoir les cheveux lisses n’est en réalité pas le problème, le vértiable souci est de n’avoir les cheveux lisses que par peur d’être marginalisée, jugée à la texture des cheveux crépus.

À cela, s’ajoute l’utilisation de produits décapants détruisant à vie la peau. Pourtant conscientes des risques, mais voulant à tout prix ressembler à des métisses, nombreuses sont celles qui passent à l’acte.

Quant à certaines, dépourvues de formes naturelles, elles se jettent sur des crèmes miracles censées augmenter le volume de leurs poitrines ou de leurs fesses, vendues dans les fonds de magasin de Château d’eau ou Château Rouge (quartiers afros de Paris).

Ce complexe engendre des dépenses faramineuses, poussant mêmes celles qui n’en n’ont pas les moyens à s’acheter des paquets d’extensions brésiliennes ou de péruviennes à 150€ l’unité, quitte à voir toute leur paie du mois y passer.

Une quête perpétuelle d’identité

La jeune génération de filles noires est perdue entre les codes véhiculés par la société moderne que renvoient ces artistes et l’image de femme que renvoient leurs mères ou leurs tantes.

Même si nous pouvons admirer ces icônes pour leur art, leur talent, l’image qu’elles renvoient à la société est à double tranchant : la femme noire peut être belle mais à certaines conditions, elle doit ressembler à une caucasienne. Cependant, une femme a réussi à faire son nid sans tout cela.

Celle qui remet tout en question : la kenyane Lupita Nyongo

Lupita Nyongo, actrice kenyane et Oscarisée, fait partie de ces femmes au teint foncé qui, pendant un temps, ne se sont pas acceptées telles qu’elles étaient du fait de leurs carnations.

Mais avec ses cheveux courts farçon garçonne et son talent, elle a su séduire un public large, qui en retour, a su reconnaître sa beauté naturelle. Cela lui vaudra même d’être élue la femme la plus belle en 2014 (Magazine PEOPLE US).

Un cas unique

Lupita nous fascine tant car elle n’est qu’une exception. Très peu de filles noires atteignent ce niveau de reconnaissance sans passer par la case du blanchissement de la peau. Le mot reste : le talent c’est bien, mais le teint n’est pas à négliger. Si sur les podiums, les filles de la corne de l’Afrique sont légion et ainsi considérées comme des beautés à part entières, elles restent relativement peu nombreuses et contrairement aux chanteuses ou actrices, elles n’ont pas de visibilité permettant à la nouvelle génération de s’identifier à elles.

Si ce reportage de M6 témoigne de la volonté des femmes noires et métisses de ressembler à ces modèles, il met aussi en exergue leurs difficultés à trouver leur place dans la société occidentale.

Article rédigé par Ingrid Mongori Yondo.

________
Nous tenons à rappeler à titre indicatif qu’une tribune est une rubrique attribuée à un(e) contributeur(/rice) n’appartenant pas à l’équipe de rédaction.
Son point de vue lui est propre et n’est pas nécessairement le reflet de celui de la rédaction FASHIZBLACK.
Vous souhaitez vous aussi contribuer, et peut-être répondre à cettre tribune? Tous les détails pour le faire sont ici: http://www.fashizblack.com/appel-a-contributeurs/