Aux États-unis, un musée d’art africain met à l’honneur l’or des femmes sénégalaises

Une robe volumineuse tissée de fil d’or, une coiffe conique et des couches de bijoux en or scintillants … la pièce maîtresse de l’exposition “Good as Gold” au Musée National d’Art Africain Smithsonian est une interprétation moderne d’une “signare” : une femme connue pour sa richesse et son pouvoir au Sénégal aux 18e et 19e siècles. Le mot “signare” vient du portugais pour dame, “senhora”.

nmafa-good-gold

“D’un côté, cela signifie faire bonne figure, s’habiller, mais cela traduit aussi ce sens de la valeur morale, de montrer le meilleur de soi-même, d‘être non seulement belle et élégante, mais aussi d‘être bien dans sa peau, de dégager cette confiance en soi, cette dignité, ce genre de capacité à se tenir droite dans ses bottes”, détaille Kevin Dumouchelle, curateur au Musée National d’Art Africain Smithsonian.

La plupart des pièces de l’exposition ne sont pas vraiment anciennes, les femmes choisissant souvent de les faire fondre et de les redéfinir pour les adapter à la mode actuelle. Une coquetterie qui montre à quel point les femmes sénégalaises étaient respectées, affirme cette visiteuse.

Part d’ombre

“Je trouve cela charmant de voir que, dans une culture donnée, les femmes ont été parées, vénérées et agréablement traitées, et c’est ce que je ressens”, s’extasie Katie King.

Mais il y a un côté sombre associé aux signares : ces femmes qui ont épousé des Européens ont souvent acquis leur richesse grâce à la traite négrière transatlantique et beaucoup d’entre elles possédaient elles-mêmes des esclaves.

“Ces femmes étaient complices en ayant ces mariages arrangés avec des français, en étant des traductrices et des intermédiaires de ces forces et puissances qui ont amené les Français au Sénégal, et qui incluaient notamment le commerce d‘êtres humains et d’esclaves, s’indigne Kevin Dumouchelle. Nous travaillons vraiment pour que cette histoire soit aussi claire que possible auprès de nos visiteurs. Nous n’avons pas peur de confronter ces histoires difficiles”, a-t-il promis.

L’exposition présente plus de 250 bijoux sénégalais en or et en plaqué offerts par l’historienne de l’art Marian Ashby Johnson, qui a commencé à les collectionner dans les années 1960. L’exposition se déroule jusqu’au 29 septembre prochain.