Sur les traces de l’improbable voyage de Picasso en Côte d’Ivoire

« Je suis sûr! Je te le dis, il est venu. Je l’ai vu! » insiste Soro Navaghi, désireux de dissiper les doutes sur la visite de Picasso dans un petit village ivoirien réputé pour ses textiles peints.

Que ce soit dans les brochures touristiques ou en ligne, il n’est pas rare de trouver des références à la visite réputée de Picasso à Fakaha, un village isolé du nord de la Côte d’Ivoire, situé à environ 650 km d’Abidjan, la capitale économique.

Le guide de voyage français Petit Futé décrit Fakaha comme étant un village « de renommée internationale » pour son tissu de coton filé à la main peint par le peuple sénoufo et qui  » a charmé jadis un certain Picasso lors d’une visite discrète dans la région au début du siècle.  »

Toute une mythologie s’est ainsi développée autour de la question de l’Afrique et de Picasso, qui n’a pourtant  jamais parlé d’être allé à Fakaha.

picasso

Soulignant la ressemblance entre la sculpture africaine et certaines œuvres de Picasso, de nombreux critiques d’art considèrent le symbolisme et l’image de l’Afrique comme l’une de ses sources d’inspiration.
Un exemple souvent cité est la similitude frappante entre le masque africain Grebo et l’un des visages de son ouvrage de 1907 « Les Demoiselles d’Avignon ».

Pour les centaines de résidents de Fakaha, le célèbre artiste et sculpteur andalou a trouvé son inspiration après avoir découvert leur village à environ 15 km de la route principale qui mène à Korhogo.

Pendant des décennies, ces artistes locaux ont travaillé sans relâche dans des huttes ouvertes autour d’une piste sablonneuse, où ils traînent des pigments à base de terre sur des toiles.

En pénétrant dans sa maison, Soro Navaghi présente la « preuve ultime »: une toile en coton représentant Picasso lui-même.

Un autoportrait du maître! Cela ne fait aucun doute, même pour un amateur,saurait qu’il s’agit de Picasso, proclame Navaghi.

Un certificat d’authenticité autoproclamé, signé par un agent de voyages et attestant de la visite, est joint à la toile.

« Picasso est venu pieds nus à Fakaha en 1968. Il travaillait sans chemise et sans vêtements », indique le document, une copie de l’original qui est conservée dans les archives du village.

Pour le biographe Plazy, le récit aurait ravi le peintre éclectique, l’idée de se  rendre visite à Fakaha « comme un magicien, et insuffler à l’art local traditionnel une bouffée d’air frais.

« C’est un conte fantastique qui l’aurait beaucoup plu ».

« Il y avait beaucoup d’histoires sur Pablo Picasso, et comme il avait le sens de l’humour, il prétendait parfois que certaines d’entre elles étaient vraies. »

Picasso est décédé en 1973 à l’âge de 91 ans, et d’autres villageois admettent que sa visite était probablement antérieure à 1968, compte tenu de son âge.