Après la cosmopolite ville de New-York, le sombre Londres et le Milan ensoleillé, c’est Paris, ville lumière et officiellement capitale internationale de la mode qui accueille le fash pack pour une semaine de défilés où les créateurs présentent leurs collections pour le printemps et l’été prochains. Retour sur les coups de cœur de la rédaction mais également sur ses déceptions  des premiers jours.

Plus que jamais, le défilé Dior envoyait un message alarmant aux dirigeants de la marque : il est d’ores et déjà temps de trouver un nouveau directeur artistique à la personnalité et surtout à la créativité aussi flamboyante que celles de John Galliano. De fait, depuis son départ, les collections manquent cruellement de cette énergie iconoclaste qui a fait le succès du prêt-à-porter maison depuis l’arrivée du créateur ibérique en 1996. Certes, Bill Gayten, ex-bras droit de Galliano assurant désormais l’intérim, propose des silhouettes années 50, pierre angulaire de l’ADN Dior, assez agréables à regarder, mais on se demande s’il a peur d’y insérer un minimum de caractère.  Par exemple, les vestes à basques sont là, toutefois, elles ne possèdent pas cette allure originale et inimitable d’autrefois qui provoquerait immédiatement le désir chez la cliente. Ou encore, les robes de cocktails, usuellement points forts de la marque,sont ici en carence du glamour insolent que l’excentrique Galliono maitrisait à la perfection. L’heure est venue de donner l’alerte, ça urge. Sidney Toledano, le PDG, doit vraiment se décider à confier les rennes du label à un designer capable de lui insuffler un nouvel air s’il ne tient pas à ce qu’il soit peu à peu considérer comme l’une des plus ennuyantes prestations de cette Fashion Week.

Chez Balmain, on pouvait assister au baptême de feu d’Olivier Rousteing. Nommé à la direction artistique suite au départ de Christophe Decarnin, le jeune créateur a plutôt réussi son coup pour un premier défilé. De l’automne/hiver 2009-2010 au printemps-été 2011,  on avait pu remarquer le gouffre créatif dans lequel la marque s’était plongé, répétant saisons après saisons  la même grammaire stylistique sans aucune once d’inventivité, et ce, malheureusement dans une visée purement commerciale. Certains remettaient les torts sur Emmanuelle Alt, alors consultante, lui reprochant son influence trop importante sur Decarnin quand d’autres pointaient tout simplement le manque de créativité de ce dernier. Quoiqu’il en soit, tous les regards et attentes étaient donc portés sur Rousteing qui avait la lourde tâche de redorer le blason de la maison. Pour un premier défilé, l’on peut dire qu’il s’en est plutôt bien sorti. Puisant son inspiration dans le Las Vegas des années 60 et 70, notamment avec les influences mexicaines de la ville ainsi que les couleurs de casinos et autres motels, il confère à la femme Balmain  une allure de primes abords  trop bling. Alors oui, il ne s’émancipe pas complètement des codes et reste dans une certaine continuité de son prédécesseur mais  on ne peut pas passer à côté du supplément subtilité, supprimant l’aspect parfois vulgaire et exagéré que l’on connaissait aux silhouettes Balmain des collections précédentes. On souligne surtout le savoir-faire superbement mis en œuvre. Les redingotes et les boléros brodés de fil d’or s’avèrent une belle alternative aux blazers ultra-cintrés. Sans oublier les longues jupes en denim ou cuir, juste équilibres entre cool et élégance. Des premiers pas bien exécutés donc pour Olivier Rousteing, celui-ci qui pourra très certainement s’améliorer au prochain rendez-vous de la marque. C’est là tout le mal qu’on lui souhaite.

A chaque fois, Nicolas Ghesquière chez Balenciaga nous laisse cet amer goût de too much, et cette saison n’a pas fait exception. Pour le printemps/été 2012, le français a jugé bon de gonfler des basiques tels que le microshort, la jupe évasée ou encore la veste. Mauvaise idée complète car cet apport maladroit de volume a un rendu peu flatteur pour la silhouette. Les mannequins ont plus l’air d’être déguisés qu’habiller. Un vestiaire idéal pour les Lady Gaga et autres Anna Dello Russo, adeptes de l’accoutrement de mauvais goût soi-disant pointu.

Performance chez Dries Van Noten qui une nouvelle fois arrive à nous faire voyager à travers le temps et l’espace grâce à ses créations. Le belge a accolé sur des vêtements aux coupes actuelles, des impressions de gravure du 17ème siècle, des imprimés exotiques et vifs, ainsi que des photographies de James Reeves, artiste urbain, le tout pour une incroyable modernité sur le podium.

Du côté de Thierry Mugler où Formichetti présente sa deuxième collection en tant que DA, on se demande si ça vaut vraiment la peine de s’épancher ? Pas vraiment en fait. Même soupe que la saison précédente : influence Gagaesque qui phagocyte l’ADN Mugler, complexité inutile et inesthétique dans les constructions, disparité…Une question nous taraude. Pourquoi lui ? On ne s’improvise définitivement pas designer, on ne le répètera jamais assez.

Autre opus pour lequel on se demande s’il est nécessaire d’épiloguer, mais cette fois-ci positivement, le printemps/été Lanvin. On en vient même à se questionner si en dix ans, Alber Elbaz, a un jour déçu. La femme, il la connait parfaitement, il sait ce qu’elle veut, et ce dont elle a besoin.  Avec une touche de sportwear, des matières luxurieuses telles que la soie et le lin, de subtils drapés, des gimmicks sexy maitrisés, bien placés et des coupes affolantes de justesse, il arrive à faire de la muse Lanvin, une icône intemporelle du chic et de l’élégance. Jamais Paris n’a été aussi bien représenté. Chapeau l’artiste.