A Paris, la fièvre des défilés automne/hiver 2012-2013 bat son plein. Petit détour par les podiums.

Balmain : Opulence baroque

Pour sa seconde saison à la direction artistique de Balmain, Olivier Rousteing, 26 ans, s’est principalement inspiré des oeufs Fabergé. Avec plus ou moins de subtilité, il est parvenu a transmettre leur opulence et la richesse des détails au vestiaire de la femme Balmain. Le défilé s’ouvrait avec un top aux airs baroques, accompagné sobrement d’un pantalon droit noir. Le ton était donné. Au fil des passages, on découvrait des vestes, des manteaux, des blousons et cabans ornés avec faste, aux volumes très carrés et imposants. Les tapisseries russes, broderies et autres bijoux précieux recouvraient les pièces, sans pour autant tomber dans le kitsch. Au contraire, la collection jouit d’une certaine énergie contemporaine et chicquement urbaine. S’il est indéniable que Rousteing arrive à se distinguer du style de son prédécesseur, Christophe Decarnin, il a cependant conservé la manie de ce dernier à faire dans l’exacerbe malvenue. C’est par exemple le cas de ces petites robes étriquées, parées à l’excès de divers cristaux. Le jeune designer livre un bon opus dans l’ensemble malgré quelques tâtonnements ici et là. Il sera intéressant de le voir évoluer les saisons prochaines.

Balenciaga : Entre technicité futuriste et allure eighties

Nicoles Ghesquière ne donnait pas, comme il en est coutume, rendez-vous dans les salons du Crillon. C’est plutôt au 27ème étage de la tour Cristal à Beaugrenelle qu’il a décidé de présenter sa collection automne/hiver 2012-2013. Prenant comme point de départ le style powerdressing des années 80, le français n’hésite pas à jouer avec les matières, les coupes et les couleurs : une robe de mousseline de soie bleue fluide se porte avec un manteau ample gris, aux revers de cuir, les jupes blanches abats-jours côtoient des pulls en Néoprène imprimés aux volumes exagérés… Le rendu se veut avant-gardiste comme toujours, mais ça ne plait pas forcément. Une vision globale un peu plus terre-à-terre aurait été la bienvenue.

Christian Dior : Opération charme

Un an après le scandale autour de John Galliano, personne n’a été nommé à sa succession. Pourtant, la question ne semble pas être une priorité au sein de Dior. En effet, la nomination d’un directeur artistique prend du temps. Présent en backstages du défilé, Sidney Toledano, PDG de la maison touche quelques mots sur le sujet, d’un ton volontairement elliptique : « Les choses ne se font pas dans la précipitation (…) il y a un sillon à creuser, des graines à semer. Ça avance, le four est chaud ». Sur cette note énigmatique, on l’aura compris, ce n’est pas tout de suite que l’on saura qui remplacera enfin le créateur ibérique, et ce malgré les nombreuses rumeurs qui agitent la sphère mode. Quoiqu’il en soit, l’intérim est assurée par Bill Gaytten, ex-bras droit de John Galliano. Si lors de ses premières collections en solo, il a quelque peu déçu par son manque de signature concrète et de supplément d’âme dans son propos, cet opus automne/hiver surprend agréablement. Finie la fadeur, Gaytten passe à la vitesse supérieure. Le vestiaire se décline dans une suite de silhouettes toujours plus élégantes. Les pièces sont réalisées dans des matières délicates telles que la soie. la palette chromatique comprend principalement de douces teintes pastels, sablées et du noir. La plupart des robes, finement faites dans de la mousseline, sont sans manches. On aperçoit aussi des encolures rondes « très Dior ». Les mannequins les font virevolter dans tous les sens, offrant ainsi un joli spectacle de tissus et de couleurs. « J’ai voulu reprendre les codes Dior avec une approche un peu plus moderne, dépoussiérée », confie le styliste. Certes, on est loin des envolées lyriques et des incroyables exécutions iconoclastes de John Galliano, mais ça reste charmant, frais et totalement dans l’esprit maison. A la fin du défilé, Bill Gaytten vient saluer, la main dans la poche, avec une nouvelle assurance qui se perçoit dans la collection.

Lanvin : Dix ans d’excellence

Cela fait un peu plus d’une décennie qu’Alber Elbaz sublime la femme chez Lanvin. Arrivé en 2001 à la direction artistique de l’illustre maison française, il a toujours su rendre hommage à la créatrice de la maison, Jeanne Lanvin, et célébrer son style parisien plein de grâce et de classe. A l’occasion de ce défilé anniversaire, le designer israélien a plus que jamais démontré toute l’étendue de son talent. Il nous a toujours habitué à des robes renversantes de beauté, mais là, il s’est particulièrement dépassé. Les premières, en Néoprène ou en laine, se déclinent en vert émeraude, pourpre, rouge sang, bleu roi, en jaune. Certaines sont agrémentées de basques finement construites, d’autres de cols hauts apportant une dose supplémentaire de chic. Viennent ensuite des silhouettes noires, parfois en cuir, parfois en velours, complétées de somptueux bijoux, ainsi que d’autres robes recouvertes d’imprimés. Ceux-ci se relèvent étudiés et tout simplement très beaux. Elbaz impressionne par son extrême maîtrise des matières, des coupes et des codes de l’élégance. Que dire de cette spectaculaire veste à basques, entièrement parée de bandes de soie couleur mastic et portée sur une jupe crayon noire ? Après une franche ovation de l’assistance, le créateur à l’air toujours aussi attachant, vient saluer l’assistance. Puis, micro à la main, il entonne la chanson « Che sera sera », avec beaucoup d’humilité, un brin de timidité et d’humour. La fête pouvait commencer.

Crédits photos : GonRunway.com