Paris Fashion Week : Kanye West, toujours plus médiocre ?

La saison dernière, alors qu’il présentait sa toute première collection de PAP luxe pour femmes, il est vrai que nous n’avons pas été des plus tendres avec Kanye West. Et nous n’étions pas les seuls. A l’unanimité, la critique mode a trouvé sa proposition trop faible. Visiblement fustigé de partout, le rappeur s’est défendu sur le fait qu’il débutait à peine et que la presse aurait dû se montrer plus indulgente. Pourquoi pas ? Après tout, ce n’était qu’un premier essai et malgré tout, on pouvait saluer l’audace. C’est donc avec une certaine impatience et beaucoup d’espérances que l’on attendait le défilé de son vestiaire automne/hiver 2012-2013 à Paris.

Comme la dernière fois, Anja Rubik, dans un perfecto en cuir ajouré à l’arrière et une jupe toute aussi en cuir à basques, ouvrait le bal devant un parterre de célébrités comprenant Cassie, Kim Kardashian, Alicia Keys, Sean Combs, Common, Big Sean, Wacka Flocka Flame et Jay-Z. Riccardo Tisci et Azzedine Alaïa étaient également de la partie ainsi qu’Anna Wintour et André Leon Talley. Au vu des premiers passages, il est assez évident que Kanye West n’a pas compris la leçon. Ses références sont encore beaucoup trop marquées, relevant donc davantage d’une ridicule caricature que de l’inspiration. La patte de Ricardo Tisci pour Givenchy transpire à travers le cuir aux airs SM des pièces. Ici, on reconnait le manteau en cuir vu chez Costume National il y a deux saisons, là les coupes amples et minimalistes à la Céline. On fera même fi des emprunts trop prononcés à Chloé, Rick Owens, ou encore à Hakaan. Comme si ça ne suffisait, l’ensemble de l’opus est handicapé par de nombreux tics et faux pas qui nuisent considérablement à toute la loghorrée mode de West. Les basques au bas des jupes sont complètement hors-propos, les bottes multi-brides alourdissent une silhouette déjà chargée. Pareil pour les pièces en fourrure qui frisent le mauvais goût et sans grand intérêt. Joan Smalls fermait le défilé dans une robe transparente avec une bande de crocodile au milieu, traduisant d’un total manque de subtilité. De fait, la multiplication de ces maladresses résulte d’un mélange d’univers contradictoires nécessitant une grande technique et – oui, disons-le – beaucoup de talent pour être correctement exécuté.

Quelques minutes avant le défilé, Kanye West confiait en backstages qu’il « avait énormément appris de sa précédente collection » et qu’il « avançait à petits pas ». Seulement, présenter de pareilles collections à Paris, au milieu de tous les poids lourds de la mode, ce n’est pas avancer à petits pas mais plutôt de la mégalomanie. A New York, sa ligne aurait déjà eu un peu plus de pertinence.

Au final sans grande surprise, Kanye West livre une collection à nouveau sans identité ni nuances et cohérence. L’esthétique n’y est pas, la vulgarité un peu trop parfois. On a beau chercher, ça reste assez difficile de voir les efforts et les améliorations apportés. Ah oui, les mannequins, cette fois-ci, ne flottent pas dans les vêtements …