Fraîchement signé chez Def Jam France pour son prochain album prévu en 2014, le jeune rappeur Montpélliérain Joke, persiste et signe avec sa toute nouvelle EP, Tokyo, qu’il faudra désormais compter sur lui sur la planète rap. Rencontre avec le nouvel ovni du hip hop français.

Crédits photos : Yoann Guerini (@LebougMelo)

 

1 – A seulement 23 ans, tu es aujourd’hui la nouvelle sensation du rap français, peux-tu nous raconter tes débuts ?

J’ai commencé à rapper à 10 ans. Et depuis 2009, j’ai sorti plusieurs projets musicaux. J’ai sorti un street album en 2009 Prêt pour l’argent. Puis, un EP gratuit en 2010 intitulé Prêt pour l’argent 1.5. Ensuite, il y a eu Kyoto sorti fin 2012 et là avec Tokyo, c’est mon 4ème projet solo.

 

2 – Peux-tu nous dire d’où est venu ce nom : Joke ?

A la base, c’était Schoolboy, puis j’ai pris le nom de Joke. Je l’ai pris quand ma plume a commencé à se préciser, quand j’ai commencé à écrire des punchlines, des jeux de mots. Et j’ai mis en parallèle cela : dans la blague, il y a beaucoup de jeux de mots, les chutes des blagues c’est beaucoup de traits d’esprit et parfois même les punchlines font rire. Donc c’était par rapport à tout ça.

 

3 – Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire de la musique ?

Ma mère écoutait beaucoup de musique : de la musique africaine, à Michael Jackson, en passant par Kassav et la musique salsa, j’ai toujours baigné dans la musique étant jeune. Et puis, il y a aussi eu le fait que j’aimais les lettres car très jeune on m’a appris à écrire des poésies. Et quand en grandissant j’ai découvert le rap, je me suis rendu compte que c’est ce qui me correspondait le plus. J’aimais la musique et savais écrire des rimes, cela correspondait donc le plus à ce que je voulais faire et aimais.

 

4 – Quelles sont tes influences musicales ?

Aux Etats-Unis ce serait Jay-Z, Kanye, Max B, les Diplomats ; en France j’écoute le Secteur A ou bien encore Arsenik. Mais en fait je trouve que les influences que j’ai ne se retrouvent pas vraiment dans les sons que je fais. Quand tu m’écoutes, je ne sais pas si tu peux dire que je passe mon temps à écouter du Jay-Z, car ce n’est pas vraiment similaire.

 

5 – Dans le morceau « Triumph », extrait de ton EP Kyoto, tu affirmes ne pas faire du rap français, seulement du rap : qu’entends-tu par là ?

Je vois souvent des gens qui n’aiment pas ma musique en France, des « haters » qui disent « Je ne l’aime pas trop lui, il se prend pour un kainry ». Or pour moi, le rap vient des Etats-Unis. Donc quand tu fais du rap, tu le fais forcément comme eux peuvent l’écouter. Et le problème pour moi est que le rap français c’est du rap que seulement les français peuvent écouter.

 

6 – Et Booba alors ?

Pour moi, il ne fait pas non plus de rap français. Il ne fait pas de la copie, c’est la suite. C’est comme si on était dans leur game à eux, c’est la même chose. Pour moi c’est juste qu’on rappe en français, en apportant nos choses. Et le rap français, c’est le style français, avec les gros violons, les pianos mélancoliques… Et donc je me sens moi, juste un rappeur, faisant du rap.

 

7 – Ton dernier EP se nommait Kyoto, aujourd’hui ton EP s’intitule Tokyo, hommage donc au Japon (notamment avec les titres « Tokyo Narita » et « Harajuku ») : y as-tu déjà été ? Quelle est ton histoire avec ce pays ?

Je voulais partir là-bas depuis un bon moment. Et avec ces EP là, l’argent et les choses faits pour les réaliser avaient pour but de m’amener au Japon. Et ça s’est fait finalement puisqu’il y a un mois, nous y sommes partis tourner les clips des titres « Tokyo Narita » et « Harajuku » – « Harajuku » qui est une ville de Tokyo.

 

8 – Entre égotrip, rap « entertainment » et influences old school : qu’as-tu exactement voulu raconter dans cet album ?

Dans cet album j’ai juste donné ce que je ressentais sur le moment. C’était sans calcul, spontané. Mon travail sur cet album s’est fait par rapport aux sons qu’on m’a envoyé. Je travaille autour de ça, j’essaye de trouver des flows, des mélodies qui collent aux sons, et j’écris par rapport à l’ambiance que le son amène.

Crédits photos : Yoann Guerini (@LebougMelo)

 

9 – Quels sont tes meilleurs morceaux de l’EP ?

Dans Tokyo, les titres qui me plaisent le plus sont « Harajuku » et « 501 Lunettes Cartier » en featuring avec l’un des poids lourds du rap, Lino, une très belle rencontre.

 

10 – Que penses-tu du rap français aujourd’hui ?

Je trouve que le rap français en général est une copie du rap américain  avec 3 voire 4 ans de retard. Et pour moi, il ne faut pas être dans la tendance américaine mais l’accompagner, être avec eux dans leur game, apporter quelque chose de nouveau. Genre, quand je fais ma musique, j’aimerais que quand les américains l’écoutent, qu’ils découvrent quelque chose de nouveau. Et c’est d’ailleurs à mon sens le seul moyen de s’exporter : en faisant du rap français, mais en apportant quelque chose de nouveau, car ce que les rappeurs américains font, ils le font déjà bien et ça ne sert donc à rien d’aller faire pareil. Et justement, je trouve qu’il y a quand même un renouveau dans le rap français aujourd’hui, dans le sens où il y a beaucoup d’artistes (Guizmo, 1995, Entourage, 3010…) qui émergent aujourd’hui, ce qui est bien.

 

11 – A l’écoute de certains de tes morceaux déjà sortis, on peut observer la présence de sonorités électro. Certains parlent de « perte d’identité » du style rap, qu’en penses-tu ?

Je pense que c’est une période. J’ai fait de l’électro dans mon 1er street album en 2009. Aujourd’hui je ne fais plus trop ça car ma musique a évolué dans autre chose. Alors, peut-être qu’il y a une perte d’identité mais en même temps ça crée une entité inverse. Il y a pour moi un brassage aujourd’hui, et ça apporte dans un sens du positif.

 

12 – Quel projet rêverais-tu de réaliser maintenant que tu es bien inséré dans l’industrie musical ? 

Moi, ce qui me plairait c’est m’exporter. J’aimerais aller en Afrique, faire des concerts en Asie, au Canada, aux Etats-Unis, ou Amérique du Sud, peu importe. J’aimerais bien que ma musique s’exporte pour pouvoir partager avec d’autres personnes, et de découvrir le monde grâce à ça, et donc que mon travail m’apporte à ce niveau là. Et, aussi ça me permettrait d’interagir avec des artistes d’autres pays.

 

13 – Des projets ?

Pour le moment je vais beaucoup travailler sur mon vrai album de major, qui sortira normalement entre janvier et mars 2014. Le titre de cet album a un rapport avec mes racines africaines. J’ai envie de bosser à fond dessus, de ne rien laisser au hasard. Il faut que ce soit un chef d’oeuvre, donc je ne vais faire que ça pour le moment.

 

14 – Et des projets à venir aussi avec ton collectif, les Monsieur ?

Chacun bosse ses projets. Il y a Titan qui bosse son EP, Bip’s aussi, et ils vont sortir ça bientôt je pense. Pour l’instant j’ai envie de me concentrer sur mon album, une fois que l’album sera sorti, peut-être que l’on fera quelque chose en commun.

 

15 – Prochaines dates de concerts ?

Le 9 juin à Lille, le 13 à Toulouse, le 15 à Montpellier, le 21 à Marseille, et le 24 à Paris au Pan Piper, je crois que c’est le 1er concert rap qu’il y a là-bas.

 

16 – Un dernier mot pour tes fans – et futurs fans – ?

Déjà pour mes fans du premier jour, je les remercie de m’avoir soutenu jusque maintenant. Et pour ceux qui me découvrent maintenant et qui aiment ma musique, qu’ils continuent à me suivre. Et j’invite ceux qui ne me connaissent pas à venir me découvrir, et si Dieu le veut ça deviendra des futurs fans !

 

Découvrez Tokyo Narita, le dernier clip de Joke :

 

Sorti chez Golden Eye/Believe, l’EP Tokyo est disponible depuis le 27 mai 2013 en version digitale ; et en version physique coffret collector avec Tokyo + Kyoto en cd bonus.

Facebook : Joke MTP

Twitter : @JokeMtp

Crédits photos : Yoann Guerini (@LebougMelo)