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Réflexions libres et sentiments partagés d’un enthousiaste de la vie, de culture, des gens et surtout de la mode (quand même !). Quatrième degré éventuellement requis (exception faite de cette chronique en particulier, où tout votre sérieux est requis, en fait).

Par Paul-Arthur Jean-Marie

A l’heure où la France subit une certaine libéralisation de la parole et de la pensée racistes, je n’ai pas pu m’empêcher de penser et de souhaiter revenir, le temps d’une chronique, sur la question de la représentativité des noirs dans l’industrie de la mode. Certes, dans la presse spécialisée, le sujet fait figure de marronnier mais malheureusement, il reste pertinent et d’actualité saison après saison.

Ce milieu a beau être pointé du doigt régulièrement, les choses ne changent pas. Ou alors, pas vraiment. Qu’on le veuille ou non, la mode est une industrie qui repose sur l’image et qui dit image, dit impact sur les masses. Pourquoi après toutes les accusations à répétition ne se passe t-il réellement rien ? Pour quelles raisons ses acteurs ne s’en rendent toujours pas compte ou alors s’agit-il tout simplement d’un rejet de l’évolution et donc dans ce cas, d’un racisme exercé sciemment ? Les changement seraient-ils trop coûteux ? Autant d’interrogations qui se posent sans que l’on n’ait de réponses concrètes.

On a parfois l’impression d’assister à un match de tennis incessant, tellement les bookers dans les agences et les marques se rejettent perpétuellement la faute. Les secondes affirment qu’il leur est pratiquement impossible de trouver des mannequins noirs chez les premiers, quand ceux-ci accusent les couturiers d’être les premiers à ne pas en souhaiter dans leurs défilés et campagnes publicitaires. Un cycle infernal qui ne contribue qu’à miner la situation.

D’expérience personnelle, je me souviens de cette agence parisienne que j’avais contacté afin de  réaliser une série photo avec un jeune homme noir. L’agent avec qui j’étais en contact m’avait répondu qu’elle n’en avait pas sous la main. A mon grand étonnement d’ailleurs car, en faisant ma demande, je pensais à quelqu’un de précis que j’avais vu au préalable sur le site de l’agence en question. Il a fallu que je le lui précise avant qu’elle ne me confirme qu’effectivement, le dit mannequin faisait partie de l’agence et était disponible pour travailler. Je n’ai pas vraiment compris. Pour une fois qu’il y avait donc un client désireux d’engager un mannequin noir, pourquoi son propre agent ne l’a pas proposé ? Ou alors est-ce tout simplement un oubli ? C’est-à-dire qu’il y a tellement peu d’opportunités données à ces mannequins que l’agence en arrive même à oublier leur présence dans ses effectifs ?  Alarmant.

La mode laisse souvent cette impression de bulle hermétique, de monde à part et insensible aux remarques extérieures…. ou qui ne tient pas compte des messages lourds de sens qu’elle peut occasionnellement renvoyer. Exemple : la soirée Disco Africa organisée à Milan pour le dernier Halloween où tout le milieu s’est pressé. Jusqu’ici, tout va bien. Une autre soirée fashion comme on en voit plein : les invités vont passer leur temps à s’observer, entre deux verres de Cosmopolitan (et une ligne de cocaïne pour certain)s, afin de savoir qui a le plus beau costume, qui est le mieux habillé, qui a pris quelques kilos, et  qui n’a pas été convié… avant de discuter de la laideur de la collection de chaussures de la nouvelle marque de Tamara Mellon, ex-directrice de Jimmy Choo (les bottes blanches, intolérables !). Des choses très sérieuses en  somme. Tout aurait pu se passer sans couac majeur si une bonne partie des invités dont le designer Alessandro Del’Acqua (N°21) n’était pas venue « déguisés en noirs », à base de peinture noire et gigantesques lèvres rouges. Le fameux symbole du « blackface ». D’autres invités sont allés jusqu’à singer des esclaves. Quand est-ce que certains intégreront que cette manière de se déguiser n’est absolument pas correcte et pas drôle pour un sou ? Le blackface évoque la ségrégation raciale aux Etats-Unis, les minstrel shows où les comédiens se moquaient délibérément des noirs à partir de stéréotypes. Leur arrêt a été une des volontés du mouvement afro-américain pour les droits civiques dans les années 60. Ce n’est tout bonnement pas acceptable, comme ne l’est pas le fait de brandir une peau de banane devant une ministre noire en la traitant de guenon.

sont capables d’investir en moyenne 1900 dollars de plus dans un article de luxe que les autres populations. Dire que les noirs ne font 94c428f23f3f11e38a1922000a1fb0ef_8

Le Blackface : Fashion ?

sont capables d’investir en moyenne 1900 dollars de plus dans un article de luxe que les autres populations. Dire que les noirs ne font 

Derrière leurs grands bureaux, certains exécutifs de la mode doivent se dire qu’au final, il n’est pas très important de parler aux populations noires en termes de communication parce qu’elles ne font pas partie de leurs cibles et de leurs acheteurs. Dans ce cas, j’ai bien peur de devoir les contredire. Parce que les statistiques ethniques restent interdites en France, je vais me baser sur une étude américaine réalisée par Nielsen, quasiment persuadé que ce sont des chiffres comparables à la situation de notre côté de l’Atlantique.

Réprésentant 12,86 % de la population américaine (donc environ 43 millions d’individus), les noirs sont en fait une grande force acheteuse. Ils sont plus sensibles aux médias et de plus gros consommateurs. Toujours selon Nielsen, ils font huit fois plus de sorties shopping, achètent neuf fois plus de produits de beauté et 28% d’entre eux passent deux fois plus de temps sur des sites marchands. Ils sont capables d’investir en moyenne 1900 dollars de plus dans un article de luxe que les autres populations. Dire que les noirs ne font pas partie du public des marques de mode, beauté ou de luxe et que leur représentation n’est pas dans ce sens nécessaire serait aujourd’hui une assertion assez bancale.

Au vu de ces chiffres, faudrait-il en tant que noirs arrêter de consommer les produits venant de marques ne faisant pas preuve de diversité ? C’est ce que préconise en tout cas le mannequin  légendaire Iman Bovie dans une interview au Evening Standard. Peut-être qu’avec une possible perte d’une partie de leurs bénéfices, cela les pousserait à agir ?

sont capables d’investir en moyenne 1900 dollars de plus dans un article de luxe que les autres populations. Dire que les noirs ne font 

Bethann Hardisson et Iman Bowie, militantes pour la diversité sur les podiums.

Bethann Hardisson et Iman Bowie, militantes pour la diversité sur les podiums.

sont capables d’investir en moyenne 1900 dollars de plus dans un article de luxe que les autres populations. Dire que les noirs ne font 

Plus que toute autre industrie, la mode est la première à se réclamer progressiste et il est temps de vraiment l’être. Les choses ne pourront bouger qu’à force de bonne volonté. Plus les marques engageront des mannequins noirs de façon régulière et pas qu’en été pour faire « exotique », plus vite l’on pourra atteindre le point fatidique où il ne sera plus étonnant de voir une jeune femme noire égérie de Prada ou encore en couverture du magazine X ou Y. Être en mesure de pouvoir se voir justement représenté dans les médias ou même dans les publicités s’avère primordial et même important, qu’on le reconnaisse ou pas d’ailleurs. Mais au vu des dernières actualités, la route reste tristement longue…