Lorsque les rumeurs de couloir ont commencé à évoquer une possible marque de prêt-à-porter féminine créée par Kanye West qu’il présenterait durant la Fashion Week Parisienne, on pensait d’abord qu’il ne s’agissait que de ragots comme il en est usage dans le milieu. Puis, ça s’est peu à peu confirmé, avec des professionnels qui ont affirmé collaborer avec le rappeur à l’instar de la créatrice anglaise Louise Goldin. Avec beaucoup d’appréhension et de curiosité, la rédaction attendait ce fameux show.

C’est donc à Paris, le 1er octobre que West, devant un parterre de figures importantes de la mode telles qu’Alexander Wang, Anna Wintour, Stefano Tonchi ou Azzedine Alaïa, entre autres, a dévoilé la première collection de sa ligne intitulée « DW by Kanye West (des initiales de sa mère décédée, Donda West, ndlr). Situation plutôt ironique, c’est dans le gymnase du lycée Henri IV, que le défilé se déroulait, un peu comme s’il passait un examen devant ce gratin, qui, on le sait, peut se montrer impitoyable. Ca sera Anja Rubik qui lancera les hostilités vêtue d’un lourd manteau en cuir sans manches, porté avec une jupe en cuir également. Au fil des passages, on ne peut s’empêcher de noter des flagrantes similitudes avec des opus passés de créateurs connus, et pour certains, présents dans la salle. Ici, on reconnait une dégaine rock-sportwear propre à Alexander Wang, là une coupe et une allure qui rappelle le sensuel de Balmain ou encore une échancrure trop ressemblante à une découpe vue lors du défilé printemps 2011 d’Altuzarra. Ceci sans compter les nombreux clins d’oeil trop prononcés à Givenchy, Céline et Alaïa ainsi que les quelques pièces très peu esthétiques, flirtant souvent dangereusement avec la vulgarité. Comme si ça ne suffisait pas, tout le monde a pu remarquer que les vêtements avaient du mal à être seyant sur les mannequins, résultat d’un mauvais travail de tailoring.

(à droite, Alexander Wang, Automne 2011)

(à droite, Altuzarra, Printemps 2011)

 

Très rapidement, les critiques sur cette collection ne se sont pas faites attendre -et avec raison. Certains rédacteurs ne se sont pas retenus de poster quelques commentaires dépréciatifs sur Twitter pendant le défilé.  Même les quelques mots à titre justificatif que West a tenu en coulisses n’ont pas suffi à mettre un frein à la déferlante de remarques négatives. Certes, West est un fana de mode. Oui, il a prouvé de nombreuses fois qu’il possédait un certain sens du style. Nonobstant, tout cela ne suffit pas pour s’improviser CREATEUR DE MODE, en l’occurence d’une marque de prêt-à-porter féminin de luxe, du jour au lendemain.

Il faut de l’apprentissage, de l’observation, développer une véritable et solide vision . De plus, il est important d’avoir un vrai message à véhiculer et de ne pas juste délivrer un vestiaire à la vacuité abyssale et au vide identitaire qui frappe tel une soufflet en plein visage ; comme c’est le cas ici. Et pour les quelques aficionados du rappeur qui prétendent que cette collection relève du génie, laissez votre fanatisme de côté et faites appel à un minimum d’objectivité. Il est question ici de mode, de couture et de création vestimentaire. Pas de sa personnalité, ni de son talent musical…Quant à ceux qui trouvent la critique dure compte tenu du fait qu’il soit encore débutant : c’est peut-être vrai, mais il a voulu être designer, et il est certain que quelque soit le jeune créateur qui aurait débuté avec une collection de cet acabit, ce dernier aurait eu les mêmes retours.

(à droite, Balmain Automne 2011)

Si jamais, Kanye West décidait de réitérer l’expérience la saison prochaine, il est impératif qu’il repousse encore plus ses limites, trouve l’inspiration de lui-même et se fasse davantage bien conseiller. Ceci prouve, une fois de plus, que la reconversion de musiciens ou d’acteurs en stylistes est un exercice extrêmement périlleux, que certains devraient se garder d’expérimenter. N’est pas Victoria Beckham ou les soeurs Olsen qui veut.