Les « fashion trucks » fleurissent dans les rues américaines

Arlington (Etats-Unis), 18 juin 2014 (AFP) – Autour de midi, sur une place d’Arlington (Virginie, est), des camions ambulants proposent soupes ou sandwiches. Dans celui de Lia Lee, on trouve robes, sac et bijoux. Après les « food-trucks », la mode est aussi devenue une affaire qui roule.
« Je viens juste de recevoir ce chemisier. Il est parfait pour l’été », dit Lia Lee, 27 ans, à une cliente qui vient de monter dans sa Street Boutique, un camion crème et noir stationné dans cette banlieue de Washington.

 

Street Boutique est un +fashion truck+, un camion aménagé en boutique ambulante, avec un intérieur élégant où l’on trouve des rayonnages de robes et chemisiers, des présentoirs de bijoux et une petite cabine d’essayage.

Après les « food-trucks », ces « camions-pizzas » désormais incontournables dans les centre-ville américains où l’on déguste les spécialités du monde entier, la mode se vend aussi de plus en plus sur quatre roues.

« En 2010, il y avait cinq de ces boutiques dans tout le pays », dit à l’AFP Jeanine Romo, cofondatrice et vice-présidente de la American Mobile Retail Association qui les regroupe.

Aujourd’hui, elle les estime à entre 300 et 400, pour la plupart spécialisées dans les vêtements, avec une poignée dédiées aux chaussures, aux produits de beauté ou aux articles pour animaux. « Et ça augmente toujours », dit-elle.

Lia a longtemps rêvé d’avoir sa boutique, en dur. Mais les comptes ont été vite faits : « Ce n’était pas financièrement possible ». Un camion, « c’est moins cher et finalement c’est mieux. J’aime changer, aller dans des endroits différents », dit-elle.

Des pièces originales

Comme elle, Donna Hundley, la trentaine « passionnée » de mode, a fait « quelques recherches. J’ai regardé ce qui se passait en Californie où le fashion truck se fait beaucoup ». Son Curvy Chix Chariot gris et rouge, stationné ce jour-là sur un marché de Washington, est né en septembre 2013. Un ancien fourgon de poste a été acheté 2 200 dollars, retapé, décoré et aménagé.

La jeune femme qui s’est spécialisée dans les articles pour femmes pulpeuses, va s’approvisionner chez les jeunes créateurs. « Les boutiques pour rondes n’offrent en général que du noir, des robes à fleurs et je ne sais pas pourquoi, ils veulent tout le temps nous mettre en tenue léopard », dit-elle en éclatant de rire. Quand une boutique en dur demande un investissement qui peut aller jusqu’à 500 000 dollars, lancer un camion-boutique « revient en moyenne à 20 000 », dit Jeanine Romo, plus faciles à trouver avec le +crowdfunding+, ce financement participatif sur internet.

Car ces petites entreprises sont fréquemment lancées avec plus d’enthousiasme que d’argent. La moitié de ces nouvelles commerçantes – l’énorme majorité sont des femmes – ont gardé un emploi à côté, pour pouvoir acheter le stock, payer les frais, le parking, les permis, etc.

Shelley Sarmiento, la soixantaine, a suivi le parcours inverse. Cofondatrice d’une chaîne aux 110 boutiques, 3 000 employés et 180 millions de chiffre d’affaires annuel, elle a tout vendu il y a dix ans. Enseignante dans un institut de design à New York, elle faisait il y a deux ans « la queue devant un food truck quand je me suis dit +je pourrais mettre des vêtements dans un camion+ », raconte-t-elle.

Depuis, son Little White Fashion Truck s’est démultiplié à quatre exemplaires dans le Maryland (est) et le Tennessee (sud) et « marche très bien », dit-elle, grâce à « tout ce que j’ai appris en 25 ans de métier dans la mode ». Ses astuces : pas de dettes, un investissement de départ le plus bas possible, des petits prix et un tel choix « que personne ne résiste à acheter quelque chose ».

Pendant sa pause déjeuner, Miranda Gillis n’a en effet pas résisté. Au Curvy Chix Chariot, elle vient de trouver « une super robe verte ». »C’est la première fois que je monte dans un fashion truck », dit cette fonctionnaire de 52 ans. « C’est une excellente idée. J’aime bien cette attention personnelle qu’on nous accorde », dit-elle.

Pour Lynn, 46 ans, « c’est super, les femmes bougent beaucoup et on achète impulsivement », dit-elle. « Il n’y a rien dans le coin », dit Elizabeth Gibbons, 29 ans, en s’offrant un short de Street Boutique, un camion « c’est sympa et c’est pratique ».

Par Fabienne FAUR