HARARE, 11 mars 2012 (AFP) – La signature de l’ex-révolutionnaire marxiste, aujourd’hui plus vieux chef d’Etat africain, s’étale en strass sur un tee-shirt: de jeunes stylistes zimbabwéens font la promotion de Robert Mugabe avec une ligne de vêtements qu’ils comptent imposer dans les capitales mondiales de la mode.


Robert Mugabe. Photo : AFP

Largement considéré à l’étranger comme un autocrate, Robert Mugabe, « est un révolutionnaire, il est une icône culturelle et nous avons décidé de lui rendre hommage », explique Justin Matenda, 28 ans, le jeune entrepreneur à l’origine de cette initiative.
Pour ses adversaires, la signature de Mugabe n’est qu’un outil de campagne de plus de la Zanu-PF, le parti présidentiel, dans la perspective des prochaines élections.
« Cela fait partie de la campagne électorale de la Zanu-PF qui cherche désespérément à vendre son candidat avant les élections », juge le militant des droits de l’Homme et ancien leader étudiant Blessing Vava.
La marque commerciale « House of Gushungo » s’inspire du nom de clan du président zimbabwéen. Matenda propose casquettes, T-shirts, chemises, bérets et mugs portant la signature de Mugabe.
Le design est sobre: des pièces unies simplement ornées de la griffe présidentielle. Les prix varient de 10 à 30 dollars, plutôt chers pour un pays dont trois-quarts de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.
Le jeune homme envisage maintenant de montrer ses créations à la Fashion Week de Paris. Il veut aussi fabriquer costumes, vestes, chaussures et montres « Mugabe », fabriqués localement ou en Asie.
« Nous avons une marque au-dessus de toutes les autres marques. Je la considère supérieure à toutes les griffes auxquelles on pourrait penser, les Louis Vuitton, Gucci et Giorgio Armani! », s’enthousiasme-t-il.
Au pouvoir depuis l’indépendance de l’ex-Rhodésie en 1980, comme Premier ministre (1980-87) puis président depuis 1987, Mugabe a peu à peu durci son régime. Ses partisans ont fait régner la terreur lors de la dernière élection présidentielle en 2008, et son rival Morgan Tsvangirai a retiré sa candidature avant le second tour, pour éviter un bain de sang. Mugabe, seul en lice, a été réélu.
Sous la pression de la communauté internationale, il a fini par accepter un partage du pouvoir avec Tsvangirai, devenu Premier ministre d’un fragile gouvernement d’union nationale, qui tient tant bien que mal.
De nouvelles élections doivent être organisées pour les départager, mais les deux camps n’ont pas encore trouvé d’accord sur la date et les conditions du scrutin.
La radio et la télévision d’Etat accordent un généreux temps d’antenne aux musiciens qui chantent ses louanges.
Et pour son anniversaire, le journal gouvernemental The Herald a publié 22 pages de messages de félicitations, y compris celui d’un ministre décrivant Mugabe comme « une attraction touristique. »
Justin Matenda, pourtant, assure que sa ligne de vêtement n’a rien de politique: « C’est très apolitique. C’est juste une griffe de mode, comme n’importe quelle autre griffe », clame-t-il.
« Nous avons obtenu le feu vert du président lui-même », se réjouit-il, Robert Mugabe estimant que sa signature appartient au peuple, mais les jeunes stylistes affirment ne pas l’avoir rencontré en personne.
Adulé par ses partisans comme le « père de l’indépendance », Mugabe est honni par ses détracteurs pour ses violations des droits de l’Homme, notamment les violences au début des années 2000 contre les fermiers blancs qui lui ont valu des sanctions internationales.
Les vêtements de Justin Matenda ont d’ailleurs plus de succès dans la nomenklatura locale que dans la rue. Lors de la fête du 88ème anniversaire de Mugabe à Mutare (est), des personnalités de la Zanu-PF et des jeunes gens bien mis portaient bonnets, bérets, T-shirts et chemises siglés de la signature de leur héros. Sur d’autres articles figurait son année de naissance, 1924, en chiffres romains.

Par Reagan MASHAVAVE