Souvent, les critiques de mode sont reprochées d’être trop dures envers les créateurs et leurs collections. Pourtant, les gens ne prennent pas en compte, que les propositions sur les podiums peuvent également s’avérer difficiles à digérer. Parfois, sous l’effet de la pression, par manque d’inspiration ou pour toute autre raison, ces designers se retrouvent avec des opus, bâclés et peu enthousiasmants. Si bien qu’il devient très vite impossible de ne pas souligner les points négatifs. En cette fin d’année, l’heure est venue de dresser les pires collections de 2011.

10- Chloé Automne/Hiver 2011/2012

Jusqu’aujourd’hui, il est encore difficile de comprendre ce qui est arrivé à Hannah McGibbon pour qu’elle délivre une collection aussi déplorable. Depuis sa nomination à la DA de la maison, l’anglaise a parfaitement su réinventer le style Chloé. Sa muse représentait la jeune parisienne, fraîche, chic dans une allure classique toujours très bien twistée. Seulement, elle s’est un peu trop reposée sur ses lauriers et a fini par rester coincée dans une spirale, livrant les mêmes déclinaisons de silhouettes opus après opus. Alors que la presse commençait à la tacler sur ce point, elle a voulu, pour l’automne/hiver 2011/12 s’émanciper de ses codes habituels et s’est laissée aller à la « fantaisie ». Même si l’intention était bonne, le résultat lui était assez décevant.  Sur le podium, on découvrait un florilège de tenues composées de cuir façon python, de tissus imprimés python, de maille imitant la peau du python, de toutes les couleurs et de toutes les formes. L’ensemble manquait amèrement de cohérence et flirtait fréquemment avec le mauvais goût. A l’heure qu’il est McGibbon a été remerciée par le label et remplacée par Claire Waight Keller, qui pour l’instant se débrouille plutôt bien.

9-Alberta Ferreti, Automne-Hiver 2011/2012

La collection automnale d’Alberta Ferreti a également été une grande incompréhension. C’était à se demander où avait pu disparaître la grâce légendaire de la marque italienne ? Des mannequins arboraient des tailleurs raides, hésitant entre une inspiration 50’s ou 60’s. D’autres, des ensembles monochromes terriblement fades, dans une tentative de minimalisme chic complètement manquée. Les seules envolées lyriques de cette collection s’avèrent douteuses et pas vraiment désirables. On pense notamment à ces cuissardes en panne de velours à gros talon carré ou encore aux imprimés à l’aspect un peu trop brouillon. Visiblement, Ferreti a voulu conférer à son travail un aspect un peu plus trendy, voire même ludique qu’à l’accoutumée. La démarche peut être compréhensible, par contre, le rendu laisse assez dubitatif.

8-Pierre Antoine Vettorello, Printemps-Eté 2011

Lorsque l’on découvrait son précédent opus lors de la Lagos Fashion Week en mars dernier, ses tenues aventureuses à l’énergie flamboyante nous avaient littéralement bluffés. C’est la raison pour laquelle nous avons été énormément déçus lors de sa présentation printemps/été 2012 à New-York. Le jeune créateur belgo-ivoirien s’est contenté d’une collection étonnamment banale, beaucoup trop quand on a le talent qui est le sien. C’était totalement disparate, insipide et pas toujours très esthétique ni même flatteur pour les silhouettes.

7-Dior, Printemps-Eté 2012

Depuis le départ de John Galliano, les collections manquent cruellement de cette énergie iconoclaste qui a fait le succès du prêt-à-porter maison depuis l’arrivée du créateur ibérique en 1996. Certes, Bill Gayten, ex-bras droit de Galliano assurant désormais l’intérim, proposait des silhouettes années 50, pierre angulaire de l’ADN Dior, assez agréables à regarder, mais on se demande s’il a eu peur d’y insérer un minimum de caractère.  Par exemple, les vestes à basques étaient là,  mais  ne possédaient pas cette allure originale et inimitable d’autrefois qui provoquerait immédiatement le désir chez la cliente. Ou encore, les robes de cocktails, usuellement points forts de la marque,sont ici en carence du glamour insolent que l’excentrique Galliono maitrisait à la perfection. L’heure est venue de donner l’alerte, ça urge. Sidney Toledano, le PDG, doit vraiment se décider à confier les rennes du label à un designer capable de lui insuffler un nouvel air s’il ne tient pas à ce qu’il soit peu à peu considérer comme l’une des plus ennuyantes prestations de cette Fashion Week. Après Phoebe Philo, Marc Jacobs et Jason Wu, les dernières rumeurs annoncent Raf Simmons, actuellement chez Jil Sander, à la direction artistique. Attendons de voir…

6-Balenciaga, Printemps-Eté 2012

A chaque fois, Nicolas Ghesquière chez Balenciaga nous laisse cet amer goût de too much, et cette collection n’a pas fait exception. Pour le printemps/été 2012, le français a jugé bon de gonfler des basiques tels que le microshort, la jupe évasée ou encore la veste. Mauvaise idée complète car cet apport maladroit de volume a un rendu peu flatteur pour la silhouette. Les mannequins ont plus l’air d’être déguisés qu’habiller. Un vestiaire idéal pour les Lady Gaga et autres Anna Dello Russo, adeptes de l’accoutrement de mauvais goût soi-disant pointu.

5-DW by Kanye West, Printemp-Eté 2012

Ne souhaitant plus se contenter de simples collaborations et du statut de it-boy, Kanye West a pris la décision de présenter une collection lors de la Fashion Week parisienne en octobre dernier. Pari risqué pour le rappeur qui, ont le sait, a toujours été passionné de mode. Seulement, cela ne suffi pas pour s’improviser créateur de mode comme le prouve cet opus. Lors du défilé, c’est Anja Rubik qui a lancé les hostilités vêtue d’un lourd manteau en cuir sans manche, porté avec une jupe en cuir également. Au fil des passages, on ne pouvait s’empêcher de noter des flagrantes similitudes avec des opus passés de créateurs connus, et pour certains, présents dans la salle. Ici, on reconnait une dégaine rock-sportwear propre à Alexander Wang, là une coupe et une allure qui rappelle le sensuel de Balmain ou encore une échancrure trop ressemblante à une découpe vue lors du défilé printemps 2011 d’Altuzarra. Ceci sans compter les nombreux clins d’oeil trop prononcés à Givenchy, Céline et Alaïa ainsi que les quelques pièces très peu esthétiques, dégageant même une aura pour le moins vulgaire. Comme si ça ne suffisait pas, tout le monde a pu remarquer que les vêtements avaient du mal à être seyant sur le mannequins, résultat d’un mauvais travail de tailoring. Fustigé de tout côté, Kanye West a appris à ses dépends qu’on ne se lève pas un matin pour décider d’être designer de prêt-à-porter de luxe. La question est : Va t-il retenter l’expérience la saison prochaine ?

4-Thierry Mugler, Automne-Hiver 2011/2012

Avec sa première collection au département femme de Thierry Mugler, l’italo-japonais, assisté de Sébastien Peigné, ancien du studio Balenciaga, n’a pas convaincu. On finit effectivement par se demander s’il est vraiment la personne la plus adéquate pour perpétuer l’emblématique signature du créateur français. Et ce, peu importe la présence sur le podium de la super médiatique Lady Gaga. Dès les premières silhouettes, l’incohérence de l’opus est flagrante ainsi que la totale rupture avec l’esthétique et l’ADN maison. Thierry Mugler avait acquis sa glorieuse réputation dans le tout-Paris grâce à ses tenues réalisées avec une imparable justesse, exacerbant l’élégance féminine à coups de volumes amplifiés, de coupes graphiques et d’utilisations inédites des matières. Ici, nous sommes loin de tout cela, ou sinon dans une ridicule caricature. Du début à la fin, la collection est une espèce d’ode au style Gaga, reprenant maladroitement les codes Mugler. Les pièces se veulent vulgairement excentriques jouant sur des effets de transparences et des exagérations mal venus. Les longs manteaux en vinyle, matière pourtant chère au créateur de la griffe, affligent la rétine. Ils cadrent davantage avec l’allure d’une drag-queen plutôt qu’avec des silhouettes que l’on aurait imaginées sur un podium Mugler, pareil pour les chaussures aux talons extrêmement vertigineux . Même la mise en scène laisse perplexe. On a l’impression d’assister à une prestation de Lady Gaga plutôt qu’à un défilé de mode. Celle-ci n’hésitant pas d’ailleurs à déambuler lascivement, avec toute la provocation qu’on lui connait, une cigarette à la main. De plus, on ne peut pas s’empêcher de déplorer le cruel manque d’originalité de cet opus qui rappelle étrangement la collection Printemps/Eté 2001 de Gucci par Tom Ford…

3-Mustafa Hassinali, Automne/Hiver 2011/2012

A la Lagos Fashion Week, le styliste tanzanien Mustafa Hassinali a présenté un opus très brouillon. Les mannequins défilaient dans une série de robe en kanga et satin, dans des coupes parfois un peu trop obsolètes. Les tailles ne sont pas flattées et le travail de coloriste pas toujours abouti ni visuellement agréable. Ici aussi, il manquait une certaine cohérence, des bases plus solides et surtout une patine dans l’air du temps.

2- Versace, Pre-Fall 2011

Pour cette collection Pre-Fall, de primes abords, l’approche se voulait baroque tout en faisant appel à quelques codes directement repris  de l’époque où Gianni était encore à la tête de sa maison. Ce qui pouvait aboutir à une collection réussie. Seulement, chacune des pièces, des jupes fluides inspirées par l’univers de la danse aux vestes structurées -dont la précision des coupes et l’irréprochable tombé s’avèrent être les uniques points forts de ce Pre-Fall, en passant par les robes de cocktail, se pare de fioritures exacerbées. Si le « Mix And Match »  est une tendance qui peut s’avérer efficace, les essais orchestrés par Donatella relèvent plus d’une cruelle absence d’harmonie que de l’exploit fashion. On retrouve ainsi des associations d’imprimés léopard, de peau de python, d’illustrations rococos et de rayures graphiques. Qui plus est, les combinaisons chromatiques manquent totalement de concordance. Une affluence de formes et de couleurs, se prêtant mal au jeu de l’homogénéité. La rétine en prend un sacré coup, et le bon goût par la même occasion.

1-Thierry Mugler, Printemps-Eté 2012

Pour son deuxième essai, Nicola Formichetti a fait pire que la première fois. Difficile à croire, mais c’est la réalité. Tout ce que l’on a, c’est une même soupe que la saison précédente : influence Gagaesque qui phagocyte l’ADN Mugler, complexité inutile et inesthétique dans les constructions, manque d’une véritable proposition artistique, disparité… Une position en tête de ce classement largement et malheureusement, pour la maison et l’histoire Mugler, méritée.